Nicolas Bouvier
Que de souvenirs rejaillirent lorsque l'avion survolait la mer infinie et caressait les nuages de ses immenses ailes metalliques! La mélancolie s'emparait de moi, c'était prévisible.
Emue, la petite fille qui était en moi, finit par resurgir.
Chaque minute, chaque seconde, l'avion se rapprochait de ma destination mais le temps semblait alors interminable. Les aiguilles de ma montre tournaient mais cela n'avait pas d'impact parce que j'étais toujours assise sur ce siège bleu marine dans la classe économique, écrasée par le siège de celui qui était devant moi. Dans cette position inconfortable, mes jambes se paralysaient.
J'essayais donc de me déplacer le moins possible.
Les nuits se succédèrent, mes siestes aussi. Je dormais afin d'être en forme le lendemain. Je ne voulais surtout pas être out lors de mon arrivée - le jour J, ne pas rater mes premières heures passées à l'étranger. Je m'imaginais déjà, les écouteurs sur les oreilles. Je regardais un film parmi tant d'autres plus pour me divertir que pour autre chose quand soudain, l'avion descendit légèrement ainsi, la pression augmentait de plus en plus, ce fut horrible. L'air appuyait fortement contre mon corps mais particulièrement contre mes oreilles. Les différents sons se déformaient. Je souffrais mais ce mal était nécessaire: il me permettait de voyager, de "fuir" la vie du moins, un instant. L'avion arriva à bon port. Les gens commençaient à se lever pour récupérer leurs bagages dans les soutes. Ils se ruèrent vers les sorties dès l'ouverture des portes telles des furies enragées. Une grande partie des gens sortit mais il y avait des gens qui restaient dans l'avion parce qu'ils continuaient le chemin en direction de Londres. J'aurai aimé les accompagner mais Bangkok m'attendait. Ses appels résonnaient dans ma tête depuis plus d'un mois. Ils retentissaient encore dans l'aéroport, cet immense bâtiment grisâtre & froid, si peu chaleureux. Les murs n'étaient que des façades plutôt tristes mais ils étaient la seule frontière entre la capitale & moi, ce qui ne m'empêcha pas d'entendre le brouhaha de l'extérieur.
Je partis valises en mains. Quand l'air entra en contact avec ma peau, je me rappelai de la belle époque, je reconnus tout de suite la ville que j'avais laissée derrière moi des années plus tôt. Cela me rassurait, Bangkok était resté le même malgré le temps. Je montai dans un minibus chargé de m'emmener à mon hôtel, le Bayoke Sky Hôtel, l'hôtel le plus élevé de Bangkok avec ses 84 étages.
Les paysages passaient & trépassaient, je les savourai avec délicatesse, je les imprimai afin de ne pas les oublier, de m'imprégner de leur parfum. Débarquée à mon hôtel, je montai à ma chambre 3803 & épuisée par le vol, je m'affalai sur mon lit. Il était temps car cela faisait plusieurs jours que je n'avais pas senti un matelas contre mon dos. Ce fut un immense soulagement, une joie simple.
Les jours passèrent toujours plus vite les uns des autres mais les derniers avaient un goût amer parce que je ne souhaitais pas rentrer mais mon père m'y obligea & je dûs à mon grand regret me plier à sa décision.
A mon retour au pays, ma vie reprit son cours. L'ennui ne me quittait plus.
Voyagez-vous en avion, en voiture, en bateau ou en eurostar?
Quels sont vos meilleurs souvenirs?
